Quatre femmes de la « constellation » Hugo prennent successivement la parole :
Joydeep Bhattacharya prend fait et cause pour les femmes de la vie de Victor Hugo. Il donne la parole, dans une langue qui s'inspire de la veine romantique et la détourne parfois, à celles qui ont vécu (et souffert) dans l'ombre du Grand Homme. Si Adèle, l'épouse, et Juliette Drouet, la maîtresse, apparaissent comme des victimes de leur amour et de leur dévouement au poète à l'ego démesuré, Léopoldine et Adèle (les filles) sont présentées comme deux figures d'émancipation : la première par sa force vitale (si proche de celle de son père) et la délivrance d'une mort prématurée, sublimée par l'art paternel, la seconde par un processus beaucoup plus sous-terrain, et le choix radical d'une liberté intérieure échappant au regard public dans lequel Hugo, monument national, maintenait sa famille.
C'est une interprétation très personnelle que livre Joydeep Bhattacharya du vécu de ces femmes, prenant parfois ses distances avec l'histoire officielle. La genèse du projet en éclairera peut-être la lecture : en 2016, Joydeep Bhattacharya est invité par le festival Terres de parole à une « carte blanche » à la Maison Villequier, musée Victor Hugo de Normandie. Il s'agit d'écrire « sa » visite, subjective, du musée. Quand il découvre le lieu, Bhattacharya éprouve un fort sentiment d'étouffement : plutôt que d'écrire une visite du musée, il choisit de donner la parole à Adèle, la fille moins aimée, la laissée pour compte dans l'ombre de sa sœur morte. A la suite de ce projet, il se plonge dans l'univers et la vie de Victor Hugo et décide d'élargir le champ de ce premier monologue en prêtant sa voix aux trois autres femmes les plus proches de Hugo.