Minuit, en été. Sur une petite île, une maison, un phare.
Une femme d’une trentaine d’années se réfugie sur la véranda, tandis qu’à l’intérieur, son mari fête son anniversaire. Tous leurs amis sont réunis. Une actrice est présente elle aussi. Elle semble proche du mari, un écrivain célèbre qui n’écrit plus rien depuis longtemps. L’actrice ressemble étrangement à la femme. Cette ressemblance est d’autant plus troublante qu’elle porte l’une de ses robes.
La femme se tient à l’écart depuis de longues heures. Elle reste là, immobile, sur la véranda, à contempler la mer et le phare, quand l’actrice vient l’interrompre dans ses rêveries et engage la conversation. À tour de rôle, tout au long de la nuit, le mari et l’actrice entrent et sortent sur la véranda. Progressivement la tension s’installe, la femme annonce à son mari qu’elle le quitte.
La femme est contrainte à jouer un rôle qui n’est pas vraiment le sien, auquel elle aimerait échapper pour redevenir celle qu’elle a toujours été. Depuis le début de leur mariage, l’homme la nomme Judith. Elle révèle que ce n’est pas son nom. À mesure que la nuit avance, elle exprime le besoin de se libérer de ce prénom, et par là-même de l’amour narcissique de son époux. Judith, personnage biblique, peut évoquer une certaine puissance et une volonté de contrôle, que ce soit de la part de l’homme qui l’attribue ou de la femme qui finit par le rejeter.
La présence de l’actrice, qui ressemble à s’y méprendre à la femme, crée une dynamique de double. Ce jeu de miroir vient ajouter une couche de complexités à l’identité des personnages, déjà floue. La relation entre la femme, l’actrice et l’homme crée une dynamique triangulaire, avec des tensions et des rivalités implicites. Tous ces personnages sont en quête de sens : la femme cherche à comprendre qui elle est, l’homme cherche à retrouver le goût de l’écriture et l’actrice souhaite être reconnue pour son talent. Elle est également celle qui, à la fin, s’assied à côté de l’homme sur la véranda, prenant symboliquement la place de la femme.
Avec Sosies, Eva Jansen Manenschijn signe un très beau texte sur l’émancipation et la liberté. Elle s’empare avec une grande maîtrise des éléments du mélodrame, qui donne à la pièce une belle intensité et une vraie profondeur. La temporalité fragmentée, le symbolisme, les jeux de miroirs, tout comme l’ambiguïté et l’incertitude qui traversent le texte, sont autant d’éléments dramatiques qui engagent le spectateur sur plusieurs niveaux.