Une femme enceinte ne trouve pas le sommeil. Alors que son compagnon dort à ses côtés, elle s’adresse à l’enfant qu’elle porte. Elle lui fait part de ses craintes, de sa peur de lui donner naissance dans un monde condamné à disparaître. Elle se lance dans un long monologue où elle partage une vision du monde sombre et apocalyptique dans lequel l’enfant – une fille – devra survivre. Elle décrit un environnement où la nature est en conflit avec l’humanité, où les ressources naturelles sont épuisées et où les conditions climatiques sont extrêmes et imprévisibles.
Cuir de cerf est une dystopie, construite sur cinq grandes visions qui s’entremêlent : //Je //Forêt //Maison //Vaisseau //Enfant.
Ces visions ne déclinent pas la même version du scénario apocalyptique, mais ont toutes en commun les thèmes de la survie, de la résilience, ainsi que des inégalités, tant dans l’accès aux ressources qu’à l’accès aux technologies avancées (le vaisseau est réservé à ceux qui répondent aux critères génétiques de sélection). Bien qu’autonomes, ces visions se rejoignent pour peindre un tableau complexe d’un monde profondément affecté par les catastrophes écologiques, dans lequel le lecteur/spectateur est constamment amené à reconsidérer les évènements sous un nouvel angle. Cette polyphonie narrative permet à l’autrice de juxtaposer les perspectives et d’explorer ainsi toutes les émotions de son personnage. L’amour maternel occupe également une place centrale dans ce texte, il est le fil conducteur qui guide les actions de la mère. C’est un mélange complexe de douceur, de force, de peur et de détermination. L’adresse à l’enfant donne au récit une dimension très intime. Le texte est écrit de manière fragmentée, avec des phrases courtes et un flux de pensées souvent interrompu, ce qui reflète la nature chaotique et précipité de la situation à laquelle est confronté son personnage. Le recours aux pronoms « je » et « tu » crée une intimité immédiate avec le lecteur/spectateur. L’atmosphère est oppressante, l’écriture est à la fois sombre et poétique.
Avec Cuir de cerf, Anna Carlier nous entraîne dans un futur post-apocalyptique, qui pourrait bien être celui de nos enfants, dans un avenir pas si lointain…